[Episode 1/4] Transhumanisme et robotique, les robots vus par le prisme du cinéma : au commencement était l’automate

A quelques jours de la Cérémonie des Oscars, Bizz & Buzz vous propose une saga intitulée « Transhumanisme et robotique : les robots vus par le prisme du cinéma ». Découvrez le premier épisode !Isaac Asimov a écrit dans son roman La Cité des Robots (1990) : « Un robot n’est pas tout à fait une machine. Un robot est une machine fabriquée pour imiter de son mieux l’être humain. » Ce passage du robot à un état presque humain a été l’objet de bon nombre de films de science-fiction – souvent inspirés par l’œuvre d’Asimov lui-même. Les liens entre l’Homme et les robots se sont resserrés grâce aux récentes avancées de la science et de la technique ; mais de nos jours, c’est le cinéma, plus que la littérature, qui sert d’exutoire à nos peurs les plus profondes sur notre relation avec la technologie.

Les robots existent depuis très longtemps : d’abord dans la mythologie et la religion, avec les serviteurs mécaniques créés par Héphaïstos, le dieu gréco-romain du feu et de la forge, ou encore les golems des légendes juives ; puis dans le monde réel, avec les efforts des premiers scientifiques et ingénieurs de l’Histoire (le grec Ctesibius ou encore le chinois Yan Shi). On attribue la création du mot robot, cependant, à Karel et Josef Čapek, deux frères tchèques : il est intéressant de constater que robota, en slave, désigne le travail forcé, une thématique récurrente dans les films mettant en scène des robots.

Durant les quatre prochaine jours, nous allons donc examiner notre rapport aux robots à travers sept films ayant marqué la science-fiction. Malgré notre appétence pour la technologie, ce rapport reste ambivalent et complexe : nous sommes partagés entre la fascination et la peur, entre un émerveillement égocentré et une anxiété maladive. Afin de mieux la comprendre, cette relation sera analysée à l’aune de certains principes philosophiques ainsi que de la game theory.

Au commencement était l’automate : LE ROBOT COMME OUTIL

Les deux premiers films que nous allons analyser sont Hugo Cabret, de Martin Scorsese, sorti en 2011, et Iron Man, de Jon Favreau, sorti en 2008. Ces films présentent l’avantage de mettre en scène des éléments de robotique beaucoup moins avancés que la science-fiction traditionnelle. De ce fait, le rapport à la technologie est plus innocent et optimiste ; elle fascine et éblouit sans effrayer, parce que les robots de ces films n’ont pas de volonté propre ni d’objectifs personnels. Ils sont en ce sens des outils à disposition des humains : des instruments qui améliorent notre efficience, notre productivité, et nous facilitent la vie.

« Everything has a purpose, clocks tell you the time, trains take you to places. »

 

 

L’intrigue d’Hugo Cabret est basée sur un automate écrivain. L’automate est le précurseur du robot ; il obéit à un programme établi à l’avance, alors qu’un robot est plus intelligent et peut s’adapter aux contraintes de son environnement grâce à son programme. Le héros éponyme tente de trouver la clé qui pourra activer l’automate, un héritage de son père récemment décédé. La seule fonction de l’automate est d’écrire ; le film nous apprend qu’il était utilisé par les magiciens de la fin du XIXe siècle dans le seul but d’émerveiller et d’amuser.

Telle qu’elle est représentée dans ce premier long-métrage, la relation développée avec le robot est innocente, basée sur la découverte de son fonctionnement et de ses capacités. Bien que la fonction qu’il remplit soit simple, elle confère à l’automate un caractère magique et incroyable, car jusqu’alors, l’écriture était une fonction exclusivement humaine qui requérait un bagage technique trop important pour une machine. Il s’agit donc d’une véritable rencontre des consciences entre le jeune garçon et l’automate : il découvre un pan du monde dont il ignorait totalement l’existence et est émerveillé par ce qu’il voit. Du fait de la mort soudaine de son père peu de temps après l’arrivée de l’automate dans leurs vies, Hugo projette sur lui une volonté et une conscience propre, exacerbée par sa solitude extrême. Il est convaincu que son père a laissé un message pour lui à l’automate, d’où son obsession pour retrouver la clé qui va le faire fonctionner.

La relation aux robots est différente puisque celui-ci n’est pas seulement défini par la fonction qu’il remplit, mais aussi par la valeur émotionnelle que lui a donné Hugo. L’automate n’a pas de conscience propre : il ne pense pas et n’a pas conscience d’exister. Il remplit uniquement sa fonction. La relation entre Hugo et l’automate est donc exclusivement conditionnée par la solitude de l’enfant et sa fragilité émotionnelle.

“It’s not a piece of equipment, I’m in it! It’s a suit! It’s ME!”

Par rapport à l’automate du film précédent, l’armure « Iron Man » est un pas en avant considérable sur le plan technologique. Il s’agit là d’un robot à proprement parler : c’est un appareil automatique capable de manipuler des objets ou d’exécuter des opérations selon un programme fixe, modifiable ou adaptable (Larousse). Néanmoins, l’armure va un peu plus loin que son programme grâce à l’intelligence artificielle J.A.R.V.I.S., qui peut la contrôler, conseiller son porteur, improviser et s’adapter aux différentes situations qu’elle rencontre ; elle peut également être considérée comme un exosquelette plus que comme un robot. Dès le premier film, réalisé en 2008 par Jon Favreau, la distinction entre l’armure et son créateur, Tony Stark, est floue. La relation entre les deux est presque fusionnelle, au point où Stark peut être considéré comme un cyborg, puisque le réacteur arc qui le maintient en vie sert aussi de source d’énergie à l’armure. Dans les films suivants, les différentes mises à jour de l’armure lui permettent d’être complètement autonome, sans même avoir besoin de Stark pour être activée.

La technologie est vue de manière très positive dans les films de la série Iron Man, comme une réponse à tous les problèmes ; les débats qui agitent le grand public, comme le respect de la vie privée, les dangers de l’intelligence artificielle ou notre dépendance à la technologie ne semblent pas exister. Si l’armure Iron Man, par exemple, est dotée de l’intelligence artificielle, elle ne désobéit jamais à son créateur et ne semble pas être en mesure de le faire. Les robots sont vus de manière utilitaire, au sens défini par Jeremy Bentham (An Introduction to the Principles of Morals and Legislation, 1780) : ils maximisent le bien-être et le bonheur de la population. Il n’y a pas de conflits entre les hommes et les robots car ceux-ci n’ont pas de volonté propre qui pourrait s’opposer à celle des hommes. La relation est unilatérale et profondément optimiste et positive.

Découvrez l’épisode 2 dès demain !

Auteurs : Chloé Lorenzini et Laurane Muller


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