[Episode 4/4] Transhumanisme et robotique, les robots vus par le prisme du cinéma : affranchissement des robots et transhumanisme

A quelques heures de la Cérémonie des Oscars, découvrez le dernier épisode de « Transhumanisme et robotique : les robots vus par le prisme du cinéma ».

Affranchissement des robots et transhumanisme

Cette dernière partie nous permet d’aller au bout de la dialectique du maître et de l’esclave. Si la première partie de cet article traitait de la rencontre des consciences et la seconde de la lutte entre les consciences, il s’agit ici d’étudier les conséquences de la lutte et l’humanisation des robots de par leur servitude.

Nous avons sélectionné un film de Ridley Scott pour analyser cette relation : Blade Runner. Sorti en 1982 et boudé à la fois par le public et les critiques, ce film devenu culte met en scène des robots, tenant à vrai dire plus de l’androïde, qui développent des caractéristiques humaines dans une sorte d’élan transhumaniste inversé. Ce n’est pas la technologie qui se mélange à l’humain, mais l’humain qui se mélange à la technologie.

 “I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain. Time to die.”

Blade Runner, sorti en 1982, est inspiré de la nouvelle de Philip K. Dick « Do Androids Dream of Electric Sheep ? » ; le film met en scène une Los Angeles futuriste et perpétuellement sous la pluie, un monde oligarchique et surveillé, dans lequel les humains vivent aux côtés des réplicants, des androïdes fabriqués par la Tyrell Corporation. Les réplicants sont semblables aux Méchas d’A.I. : ils sont là pour servir l’humanité, et sont réduits en esclavage. Ils sont spécialisés dans diverses fonctions, comme la guerre ou l’exploration spatiale. Leur durée de vie n’excède pas quatre ans (pour les modèles Nexus-6, les plus avancés). A cause d’une mutinerie sanglante organisée par un Nexus-6, l’utilisation des réplicants est interdite sur Terre ; afin de traquer et « terminer » les réplicants restés sur Terre sont créées des unités de police spéciales, les Blade Runners, dont fait partie le héros de l’histoire, Rick Deckard. Il est chargé de retrouver et de terminer un groupe de Nexus-6 renégats, mené par Roy Batty, un réplicant spécialisé dans le combat. Le seul moyen pour Deckard de distinguer les réplicants des humains est de leur faire passer un test Voight-Kampff, qui vise à provoquer une réponse émotionnelle chez le sujet (la dilatation des pupilles par exemple), faisant ainsi de l’émotion l’indicateur principal de l’humanité. Il est dès lors intéressant de constater que dans le film, aucun humain ne fait preuve d’empathie, et que seuls les réplicants font attention les uns à autres, et prennent soin des leurs.

Le slogan de la Tyrell Corporation est : « Plus humain qu’humain. » Cela résume la situation des réplicants, qui ont à travers leur travail et, paradoxalement, leur durée de vie réduite, plus vécu que leurs créateurs, ils sont devenus plus humains qu’eux. Ils ont perdu la lutte des consciences hégeliennes et en paient le prix, mais le but de Roy Batty n’est pas l’affranchissement – il l’a déjà obtenu en volant un vaisseau pour se rendre sur Terre. Son réel objectif est de voir sa vie rallongée par son « père », Eldon Tyrell, d’avoir une expérience humaine de la vie. Après s’être entretenu avec lui, il comprend que ce n’est pas possible et assassine Tyrell de rage, avant d’affronter Deckard. Alors qu’il est sur le point de le tuer, il finit par le sauver, se rendant compte que son heure est venue. C’est alors qu’il se lance dans un monologue aujourd’hui devenu célèbre, où il décrit quelques-unes des choses qu’il a vues, des choses que les humains « ne pourraient jamais imaginer ». Contrairement à Deckard, Tyrell, ou même Sebastian, l’ingénieur qui a construit Roy Batty, les réplicants ont vécu des vies beaucoup plus riches, ont ressenti les choses plus intensément. En ce sens, malgré le fait que Roy Batty et les autres réplicants aient été « terminés », ils ont dépassé les humains en affirmant leur conscience de soi, et en faisant preuve d’empathie. Les réplicants se sont humanisés à la fois par leur programmation, leurs souvenirs implantés, et par leur travail ; ils ont transcendé leur condition de robot pour devenir quelque chose d’autre, qui ne tient plus vraiment du robot ou de l’androïde, ni même réellement de l’humain.

Conclusion

Bien sûr, il est évident que ces films ne représentent pas la réalité, ou notre futur. Même si nous réalisons quotidiennement de grands progrès technologiques, ces films et les situations qu’elles représentent restent du domaine de l’anticipation et de la fiction. Au contraire, le cinéma est un miroir : l’image qu’il renvoie est un peu déformée, un peu distordue, mais malgré tout reconnaissable et claire. Et ce qu’il reflète est notre peur de voir nos créations se retourner contre nous, notre peur d’un anéantissement qu’ironiquement nous aurions nous-mêmes provoqué. Il reflète aussi un optimisme profond et un enthousiasme solide pour la technologie et la robotique, un émerveillement enfantin devant le meilleur tour de magie du monde. Mais surtout, il montre que cette évolution technologique ne va rien changer à notre nature profonde d’êtres humains.

L’auteur Nicholas Carr a écrit dans son dernier roman The Glass Cage: Automation and Us (2015) : « La technologie n’est pas ce qui fait de nous des « post-humains » ou des « transhumains », comme l’ont récemment suggéré certains auteurs et académiciens. C’est ce qui fait de nous des humains. La technologie est dans notre nature. C’est à travers nos outils que nous donnons forme à nos rêves. […] L’aspect pratique de la technologie est peut-être ce qui la distingue de l’art, mais les deux ont pour origine le même désir clairement humain. »

Auteurs : Chloé Lorenzini et Laurane Muller


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